En demandant au Président de l'UMP de dissoudre le groupe de la "droite populaire", Harlem Désir a pêché par naïveté.
Il ne saisit pas que ce sont eux, le vrai visage de l'UMP ! Il ne saisit pas que l'âme de ce parti, c'est bien le national-conservatisme.
La polémique concernant Eva Joly et le 14 juillet l'a déjà démontré : de Lionnel Luca à François Fillon, une certaine idéologie rassemble ces femmes et ces hommes. Une idéologie qui sévit aussi dans les rangs de la Gauche.
Qui sont les nationaux-conservateurs ?
Les nationaux conservateurs ne voient guère plus loin que les origines, culturelles ou sociales. « Dis-moi d'où tu viens... je te dirais jusqu'où tu peux aller, » chuchotent-ils. Malheureusement, ce déterminisme mesquin, ce conservatisme suicidaire, s’est installé à tous les étages de la société française et particulièrement au sommet d’une société plus pyramidale que jamais, reniant le pacte républicain.
Le national-conservatisme recrute de manière évidente à droite, mais son influence se fait également sentir à gauche.
Bien que divisés entre la frange dure de l’UMP, les partisans du FN, ou l’aile réactionnaire du PS, les nationaux-conservateurs se disputent en fait le même positionnement politique, dissimulant derrière leur "parler vrai" un projet de restauration d’un ordre social ancien.
Depuis les années Poujade, ils défendent une vision racornie de la France, une vision ethniciste qui ne dit pas son nom, bien qu’elle se prétende républicaine.
De même, ils entendent maintenir la société française dans un corset d’immobilisme, en abolissant toute remise en cause de l’ordonnancement social du pays.
Rien ne leur est plus odieux que la remise en cause des privilèges et des situations acquises.
La méritocratie ne leur sied que si elle ne remet pas en cause leur primauté. À leurs yeux, nous n'appartiendrons jamais au même monde, à la même caste.
Le national-conservatisme fait peu de cas de la nouvelle génération de femmes et d’hommes qui ont conquis une "situation" en dehors du pédigrée social acquis dès la plus tendre enfance et avalisé rue d’Ulm, rue Saint-Guillaume ou en Hautes Études Commerciales.
C’est que ses adeptes bénéficient le plus souvent d’une rente de situation et souhaitent la conserver, quoi qu’il en coûte au pays.
Les nationaux-conservateurs se soumettent aux lois d'un capitalisme patrimonial et financier au bord de l'implosion, quand c'est une économie entrepreneuriale, responsable et soutenable qu'il nous faut inventer.
Ils organisent la vie politique comme un système vertical, quand c'est une démocratie ouverte, horizontale et transparente, qu'il nous faut ériger.
Ils défendent les situations acquises par principe, même quand elles sont contraires à tout progrès économique, social et démocratique.
C'est, en définitive ce national-conservatisme qui organise la rupture, un à un, des câbles de l'ascenseur social. La marche du progrès social s'interrompt et le sentiment d'appartenance à un destin commun s'efface peu à peu, pour laisser place à un repli identitaire instrumentalisé par ces semeurs d’illusion.
Le dernier trait de caractère des nationaux-conservateurs est l’adoption d’une posture décliniste : « c’était mieux avant » est leur cri de ralliement.
Or, les atouts de la France sont ceux d'une grande nation : une démocratie relativement stable, une démographie dynamique, un rayonnement culturel certain, un territoire intrinsèquement compétitif, des structures éducatives étendues, un système de santé et des infrastructures de qualité, la vitalité des industries immobilières, agroalimentaires, aéronautiques, automobiles et pharmaceutiques.
Il nous faut d’urgence construire un pôle d'innovation démocratique, écologique et sociale, déterminé à affronter les nationaux-conservateurs.
Le programme commun de ce pôle doit être de lever les blocages de la société française pour favoriser l’émancipation des individus et le bien commun.
La question du renouvellement démocratique y occupe donc la première place, puisqu’il s’agit de s’appuyer sur les citoyens pour transformer en profondeur notre société. Écoutons ceux qui sonnent aujourd'hui l’alerte, qui dévoilent, dans tous les domaines, les failles de notre République.
Ils nous parlent de dérive oligarchique, de confusion des pouvoirs, de misère sociale, de désamour européen et de dérèglement climatique.
Après l’écoute, viendra le temps de l’action.
Notre ambition pour la France ne doit pas se limiter à "survivre à la crise".
Notre ambition doit être que chaque Français puisse donner sa pleine mesure et accéder aux meilleures opportunités pour lui-même et pour ses enfants.
Tout cela n'a rien à voir avec la dissolution d'un microparti de droite.
Le combat contre le national-conservatisme, de droite comme de gauche, est bel et bien l’enjeu de la présidentielle !